Mardi 13 janvier 2009
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Une fois de plus le Proche-Orient est en guerre. Une fois de plus les passions se déchaînent. Une fois de plus, la mort quotidienne de femmes, d'enfants et d'hommes, civils ou militaires,
palestiniens ou israéliens tend à s'effacer derrière l'ineffaçable débat sur la légitimité de cette guerre qui dure depuis maintenant plus de soixante années. Tout ce que nous entendons, tout ce
que nous lisons, tout ce que nous voyons montre qu'encore une fois l'opinion mondiale impose sa vision manichéenne du conflit. Mais ça n'est plus une fois de plus, c'est aujourd'hui une fois de
trop.
A lire les commentaires, à entendre les réactions, à voir les manifestations, le constat s'impose : la vision manichéenne de ce conflit tend à s'affirmer. L'opinion mondiale part du postulat que
les Palestiniens sont les gentils et malheureux opprimés et les Israéliens les méchants et puissants opprimants. Seulement, la réalité est loin d'être aussi simple, même, elle apparaît beaucoup
plus complexe et la position de l'opinion mondiale est devenue un enjeu de taille dans ce conflit.
Nous ne connaissons aucun Etat qui aurait subi autant d'attaques à la roquette et d'agressions sans réagir par la force bien avant. Que l'on s'avise aujourd'hui de tirer ne serait-ce qu'une
roquette sur la France, et la riposte serait immédiate et non mesurée. La différence entre un crime de guerre et un dommage collatéral, comme le remarque si justement BHL, réside dans le fait que
le Hamas lance des roquettes sur Israël dans le but avéré et avoué de causer le plus de pertes civiles. Tandis qu'Israël lance des missiles uniquement sur des objectifs censés abriter des leaders
terroristes ou représentants des intérêts vitaux pour les organisations terroristes. Tsahal a prévenu les Palestiniens vivant près des cibles des risques d'attaques (plus de 100 000 appels) tandis
que des tracts étaient lancés par l'armée israélienne pour prévenir d'une prochaine attaque. Ainsi, dans une zone étroite où la densité de population atteint les 4100 habitants au kilomètre carré,
soit l'une des plus importantes au monde, qu'un missile tue plusieurs civils et bien évidemment dommageable, mais presque inévitable. Cela s'appelle un dommage collatéral. Durant la Seconde guerre
mondiale, l'extermination planifiée par les nazis de communautés toute entière relève du crime de guerre, alors que les centaines de milliers de morts dus aux bombardements alliés (notamment celui
de Dresde) sont des dommages collatéraux, et il me semble que l'on n'en tient pas rigueur aux Alliés.
Enfin, le Hamas a gagné la guerre médiatique. Les mouvements pro-palestiniens, majoritaires au sein de l'opinion mondiale, s'insurgent avant tout contre la mort de centaines de civils : le Hamas
l'a compris et pour bénéficier du soutien de l'opinion public, il décide de se victimiser. Ainsi, les principaux leaders se sont-ils réfugiés dans des hôpitaux grouillant de malades et de blessés ;
dans des écoles remplies d'enfants où les cours ont été maintenus. Chaque mort civil est une victoire pour le Hamas et une défaite pour Israël. Et ce d'autant plus que la cause des leaders
terroristes est une idéologie qui consacre la vie humaine comme nulle, et son sacrifice comme une nécessité. Car, et l'Histoire le montre, l'idéologie est une idée qui doit dépasser la vie humaine,
survivre au-delà de la mort, le sacrifice épure la société pour permettre la mise en place d'une nouvelle société, en l'occurrence la stricte application de la Charia.
« Si vis pacem para bellum » proclame le célèbre adage latin. Israël a la nécessité de démontrer régulièrement sa puissance militaire pour prouver à des pays, ou des organisations, qui lui sont
hostiles, qu'elle est encore une puissance et qu'on ne peut l'attaquer impunément et que les menaces de destructions ne doivent rester que des paroles prononcées en l'air. Il en va de la survie
d'un Etat qui, en soixante années d'existence a connu près d'une dizaine de conflit, passant du stade de pays assaillie à celui d'assaillant, mais toujours pour contrer une menace directe, réelle
et dangereuse. Et qu'on ne dise pas que les Israéliens ont spolié les Palestiniens de leur terre : bibliquement ces terres appartiennent aussi bien aux Juifs qu'aux Arabes. Le développement des
kibboutz, où le labeur des immigrés juifs a permis de cultiver ce désert, s'est fait en collaboration avec les Palestiniens. La colonisation n'est plus d'actualité depuis 2005, puisque les colonies
sont désormais évacuées par la force.
L'ensemble des manifestations pro-palestiniennes ne font que renforcer le soutien au Hamas et donner tort à une opération qui doit avant tout mener à la destruction, ou du moins au musellement,
d'une organisation et d'une menace terroriste. Cette vision manichéenne du conflit se fait en corollaire d'un amalgame, bien que démentie, entre l'Etat d'Israël et la communauté juive, comme le
prouve les récentes agressions en France, que ce soit contre des individus, des lieux de culte ou le judaïsme en général. On critique une paranoïa israélienne, mais j'invite tous les bons penseurs
et les beaux parleurs à aller se terrer dans les caves de Sdérot, Haïfa ou Tel-Aviv, la peur au ventre en entendant passer les roquettes. C'est la vie quotidienne de la majorité de la population
israélienne. Ce conflit ne pourra jamais se résoudre tant que le soutien ira à un camp ou à un autre, créant d'autres tensions ailleurs, focalisant l'attention sur ce conflit et oubliant les
autres, ignorant qu'il n'y a qu'un seul adversaire : la guerre, et que ce n'est qu'en soutenant la paix que nous pourrons peut-être arriver à la combattre.
Pierre-Olivier EGLEMME
L' article sur Facebook et le débat qu'il a suscité